Ce que le temps m’a appris

Ma vie s’écoule comme la bobine d’un film. Peu à peu, la bobine réceptrice s’étoffe tandis que la bobine de départ s’amincit. La jeunesse printanière s’éloigne sur la pointe des pieds comme une danseuse qui quitte délicatement la scène.

Fascinée par les yogis et les maîtres en arts martiaux, qui jusqu’à leur dernier souffle conservent force et souplesse, je m’exerce quotidiennement, faisant de mon corps un terrain d’expériences, repoussant la réponse à la fatidique question : jusqu’à quand ?

Même à l’aube de la mort, jamais je ne mépriserai mon corps mais le soignerai attentivement car c’est de son bon fonctionnement que dépendent mes capacités physiques et intellectuelles. Mon autonomie repose sur ma capacité à me mouvoir, et mon aptitude à raisonner dépend de la bonne santé de mon cerveau.

Je ne suis qu’un agrégat de matière. Mes capacités ont grandi de ma naissance jusqu’à ma maturité. Au sommet de la pente ascendante, je m’efforce de descendre l’autre versant d’un pas assuré, mesuré. Je tente de maîtriser ce vieillissement qui pose ses premières rides sur ma peau, blanchit mes cheveux et raidit mes muscles. Je ne le crains pas mais le garde à distance, le contient et le défie comme une sportive ardente de repousser ses ultimes limites.

Je ne veux pas vivre en ayant sans cesse la mort à mes côtés, l’impératif de « tout faire, tout dire et tout penser en homme qui peut sortir à l’instant de la vie » (Marc Aurèle). La conscience de ma finitude ne me jette pas frénétiquement dans l’action. Au contraire, je savoure chaque fait et geste, heureuse de pouvoir encore les accomplir.

Consciente des désordres écologiques qui chahutent notre planète, je m’efforce de mener une vie simple, d’user raisonnablement des biens agrémentant l’existence.

Je lis avec attention, amoureuse de l’art de connaître beaucoup, sans jamais chercher à briller. Avec calme, patience et persévérance, j’explore le continent philosophique. Ni Dieu, ni maître, je tisse ma propre opinion, jour après jour, riche des pensées d’autrui.

J’ai pour mon fils une véritable affection et le temps m’a appris la bienveillance envers les gens qui m’entourent, à écouter et comprendre leurs joies et leurs peines, le joyeux et le tragique de nos existences.

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Inspiration

Inspiration

L’inspiration a-t-elle un caractère irrationnel ? Il ne me semble pas. Elle se nourrit de notre être, de nos faits, des faits de notre temps ou de notre histoire. Elle ne jaillit pas de nulle part. Elle s’abreuve à de multiples sources. Plus on l’alimente, l’entretient et plus elle s’enrichit, s’étoffe, grandit.

Sollicitée, elle peut surgir impétueuse, bouillonnante, difficile à capter, ou n’être qu’un mince filet, aux chuchotis à peine audibles. Parfois, elle demeure silencieuse, rivière souterraine dont on guette, inquiet, la résurgence.

Présente, l’inspiration fluidifie nos pensées. Le crayon court sur le papier. Il faut rester concentrée, ne pas perdre le fil, coucher vite tout ce flot qui se dévide. Plus tard, lorsque l’inspiration se sera tue, il sera temps de biffer, raturer, annoter, reformuler.

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Amis ou amants?

Amis ou amants?

Il est entré dans ma vie tout doucement,

Par un court message d’encouragement.

Chaque jour a déposé ses petits mots.

Serons-nous amis ou amants?

Laissons faire le temps.

 

J’écoute sa belle voix grave,

Effeuiller sa vie délicatement,

Et souris à ses yeux clairs.

Serons-nous amis ou amants ?

Laissons faire le temps.

 

Il est entré dans ma vie tout doucement,

Offrant sa sagesse en partage,

Devenu chaque jour plus précieux.

Serons-nous amis ou amants ?

Laissons faire le temps.

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Tendresse

Et si on s’aimait tendrement,

Le temps qu’éclosent les fleurs de cerisiers.

Passion éphémère, volage,

Union de nos cœurs nomades.

 

Et si on s’aimait tendrement,

Sans promesse qui nous lie.

Amour infini,

Dans une fractale de secondes.

 

Et si on s’aimait tendrement,

Lovés dans les ailes de nos désirs.

Embrasement furtif,

Caressant l’onde du temps.

 

Et si on s’aimait tendrement,

Le temps qu’éclosent les fleurs de cerisiers.

Innocent partage,

De notre profonde humanité.

Tendresse

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Aborisong

Aborisong

Regard ourlé de tendresse,

Ses lèvres expirent une mélopée primitive,

Chevauchée d’une rivière de notes, fugitive, ondulante,

Dans la résonance du battement sourd,

De ses pieds nus sur la terre rouge,

A l’unisson des puissances telluriques.

 

Son âme sereine exhale,

Le rêve ancien de la terre mère, fraternelle, généreuse,

Peuplée d’hommes de couleur,

Fils de la terre sans frontières,

Poussière d’atomes, libre et heureuse,

Vagabondant d’Oldovai, Zhoukoudian à Uluru.

 

De ses mains, il trace des signes,

Anéantissant son douloureux destin,

Créateur d’un cosmos enchanté,

où le point devient ligne, chemin,

Princeps d’une fulgurante modernité,

Ancré dans nos mémoires primales.

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Allons z’enfants

La montée des extrémismes glace mon sang.

La mutation de la société, cette troisième révolution industrielle décrite par Jérémy Rifkin, en déstabilisant les individus, les laissés pour compte de cette révolution, annihile toute réflexion constructive et entraîne des réponses instinctives, archaïques, inadaptées. La peur engendre la haine et le rejet de l’autre. Il faut protéger le clan, la caverne, le feu.

Le sentiment d’être face à des gouvernements impuissants, incapables d’expliquer clairement les enjeux de cette nouvelle révolution industrielle et les transformations à mettre en œuvre pour que tous puissent en bénéficier, crée un immense désarroi. L’angoisse naît de la crainte d’être irrémédiablement entraîné au bord du précipice et que rien ne pourra empêcher la terrible chute.

A l’impuissance de nos gouvernants s’ajoute la corruption. Un terrible constat s’impose. La classe des dirigeants politiques sensés gouverner le pays, consciente de ses devoirs et responsabilités, s’est figée en caste sommée de s’enrichir, faisant fi des lois qu’elle vote. Parallèlement à la colère des petites gens qui ne peuvent se permettre aucun écart financier, se répand l’indifférence, le détournement de la chose publique, le repli sur soi et les valeurs identitaires.

Je veux croire qu’un sursaut est possible, qu’il existe d’autres réponses, que tous, collectivement, nous sommes à même d’affronter cette transformation majeure de notre société.

Refusons la médiocrité, l’extrémisme. Soyons volontaristes. Utilisons toutes nos capacités de réflexion, nos pouvoirs de contestation pour faire advenir une société de progrès, soucieuse de la défense de chaque individu, libertaire, humaniste, fraternelle et sociale.

Allons z'enfants

Allons z’enfants

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Election présidentielle

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Mai 2017, la France élira son nouveau président de la République.

Pour moi, la question de l’abstention ne se pose pas. J’irai voter pour ne pas subir une organisation de la société qui ne me convienne pas, pour ne pas donner ma voix, par défaut, à un candidat que je récuse et par respect pour les hommes et femmes qui ont mené une longue et âpre lutte pour conquérir ce droit.

Cependant, je m’interroge sur la nécessité de maintenir nos institutions en l’état et notamment sur le maintien de la présidence de la République.

Certes, la création des primaires a renouvelé le processus de l’élection présidentielle. Cette phase de sélection d’un candidat au sein de chaque parti oblige les différents postulants à détailler leurs propositions et à aller au-delà des slogans et animosités. Chacun doit exposer le choix de société qu’il propose et les lois afférentes qu’il s’engage à faire voter. Mais en votant pour un candidat, rassemblant une majorité de propositions que l’on soutient, on élimine toutes les propositions portées par les autres candidats qui auraient pu nous convenir. Le même processus d’élimination se renouvelle au moment du vote à l’élection présidentielle.

Et si aucun des candidats issus des primaires ne porte le projet de société auquel on aspire, on vote contre la montée du populisme et des extrêmes et non pour ce modèle de société. On donne une légitimité à un candidat dont on n’approuve pas le programme, faute de pouvoir voter en adhésion et par la suite on subit des lois qu’on n’a pas voulu.

Alors, n’est-il pas temps de mettre fin à cette personnalisation du pouvoir exécutif et de redonner aux citoyens la capacité de choisir les lois communes, ordonnant et structurant la société ?

N’est-il pas temps de sortir de la politique émotionnelle et démagogue pour une politique prenant réellement en compte les véritables aspirations des citoyens ?

N’est-il pas temps, à l’ère numérique, dans une société qui voit disparaître les intermédiaires, de passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative ?

Pourquoi ne pas substituer à un programme venant d’en-haut une convergence de propositions élaborées conjointement par des citoyens volontaires et des représentants des différentes institutions locales et nationales au cours d’un travail itératif et collaboratif ?

Ces propositions transcenderaient les frontières des partis politiques pour proposer un véritable choix de société. Chacune de ces propositions serait évaluée en terme de budget, de délai de mise en œuvre et les moyens de contrôler leur mise en application seraient définis. Ces propositions seraient ensuite soumises au parlement par un gouvernement élu à cet effet.

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